Il y a plus de 15 ans, Chen Jun quitte son village natal du Hebei pour s'installer en banlieue de Pékin pour continuer son activité de culture de légumes. Là-bas, c'est finalement encore la campagne, de grands terrains lui permettent une bonne récolte, il y travaille avec ses parents et en compagnie d'autres travailleurs migrants qui eux aussi ont tout laisser à la campagne pour démarrer une nouvelle vie. Mais très vite, ils lui font part de leurs difficultés. Chen Jun décide alors de créer une ligne téléphonique pour porter assistance à ses camarades.

Le destin lui fait rencontrer sa femme au hasard d'un de ces appels. Li Xiaofeng est conquise par la bonté du jeune homme. Elle vient s'installer au sein de la famille de son mari, et une petite fille Niuniu naît de leur union. Mais très vite l'histoire tourne au tragique, le développement rapide de la ville fait repousser son urbanisation sur les terrains de Chen Jun, bientôt des hommes de mains veulent leur faire accepter des compensations qu'ils jugent insuffisante. 

Leur refus devient combat. Dans l'adversité cette famille unie et heureuse, semble avoir une force incroyable, leur union semble plus forte que n'importe quel adversaire. Chacune des venues d'hommes de main ou encore d'ouvriers venant remblayer le terrain est extrêmement tendue. Les moyens plus qu'extrêmes vont être entrepris, ils vont tout simplement leur couper l'électricité et l'eau. 

Mais comment rester dans ces conditions ? Ils vont trouver le courage de leur combat pour la justice. Personne n'est là pour leur venir en aide, ni la police ni la municipalité, tout le monde semble contre eux, mais leur force va d'être de se tourner vers ceux qui sont aussi en difficulté, comme Chen Jun l'avait déjà fait avec sa ligne d'assistante. Ils vont créer une garderie sur leur terrain, pour les enfants dont les travailleurs migrants n'ont pas de hukou, le permis sensé réguler l'exode rural, et permettant notamment d'envoyer leur enfant à l'école.

Un plan en soirée montre leur maison de plein pied entourée de terre sans aucune lumière à l'intérieur, avec en arrière-plan les immeubles récents aux pièces abondamment éclairées, deux mondes se côtoient. 

Années après années la vie continue sans confort et la lutte rythme leur vie. De plus en plus de d'immeubles entourent le terrain de la famille, au loin des barres d'immeubles en construction pointent. Lors d'une fête de nouvel an célébrée dans une pièce minuscule éclairée à la bougie, le couple fait preuve d'une auto dérision surprenante en rejouant les moments tragiques de leur confrontation avec les hommes de main. Et une heureuse nouvelle va réchauffer le cœur de la famille, Li Xiaofeng est enceinte. Il faut bien comprendre qu'en Chine avoir un deuxième enfant étant pauvre, brise les codes culturels, d'habitude une deuxième naissance est quelque chose qui est perçue comme coûteuse, ici seul le bonheur d'avoir un deuxième enfant semble compter.

Par économie, le couple retourne au village natal pour l'accouchement, quitte à louer une maison sur place, de plus les attentes en ville pour une échographie sont extrêmement longs, plus de vingt jours. Nostalgique, le père montre à Niuniu son ancienne maison et surtout les terres qui ne sont plus les leurs. À travers l'innocence de l'enfant, toutes les difficultés semblent superflues.

Malgré tout, on sent une grande fatalité dans leur avenir, qui n'est entrevu que forcément dans un appartement en ville, là où ils vont finalement finir par s'installer sans qu'aucune compensation ne soit perçue. Comme si par définition la campagne est leur passé et la ville leur futur. Mais de quoi vont-ils vivre ? On ne le saura pas.

Le réalisateur Fan Jian, a suivi la famille pendant plus de 10 ans dans leur combat, un vrai plaidoyer pour le parti-pris du temps long dans le tournage de documentaire, le développement économique va très vite en Chine, mais ce sont souvent les gens les plus simples qui n'arrivent pas à suivre cette évolution foudroyante. On remarquera que la qualité de l'image varie selon les scènes, c'est tout simplement parce que Li Xiaofeng a également filmé avec son caméscope certaines scènes, notamment les scènes très tendues de confrontation, mais également certaines scènes plus intimes au sein de la famille. La bonne idée de montage est d'avoir replacé artificiellement les éléments dans un ordre chronologique, les premières images étant celles du retour de la famille au village pour l'accouchement, ce qui permet une boucle narrative intéressante.

On restera admiratif de cette famille qui en aidant les autres et en se faisant respecter a su préserver son humanité et sa dignité.

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